Ramuz
en quelques mots
Charles Ferdinand Ramuz
(1878 1947)
«À qui ne connaîtrait
pas Ramuz on voudrait dire : Vous nêtes
pas le seul, et aussi : Vous avez de la chance !
Il vous reste à faire une expérience
rare dans une vie de lecteur : la découverte
dun immense écrivain méconnu.»
Evénement - Impatience de Ramuz, in
La lettre de la Pléiade n° 21,
avril-mai 2005, Ed. Gallimard
Charles Ferdinand, né le 24
septembre 1878, est le fils du commerçant
Émile Ramuz et de Louise Davel, arrière-petite-nièce
du Major Davel. Ses parents le baptisent ainsi en
souvenir de leurs deux premiers enfants décédés
: Charles et Ferdinand. Louise Ramuz Davel se demandera
dailleurs souvent si la nature introspective
et mélancolique de son troisième enfant
nest pas en rapport avec les deuils qui ont
précédé sa naissance.
Charles Ferdinand a une enfance choyée et
malgré plusieurs déménagements
de ses parents, il reste en pension à Lausanne
et y finit ses études. Il se passionne déjà
pour lécriture et cherche par tous
les moyens à décrire le plus fidèlement
possible tout ce quil ressent et observe.
Il découvre parallèlement la vie paysanne,
quil affectionne particulièrement,
pendant ses vacances dans la maison familiale de
Cheseaux.
Après son baccalauréat,
il entreprend une licence de Lettres, quil
obtient en 1900. Écrire devient une véritable
obsession. Grâce à sa mère,
qui convainc Émile, Charles Ferdinand part
faire un doctorat à Paris, afin de rédiger
une thèse sur Maurice de Guérin. Parti
pour six mois, Ramuz y restera finalement douze
ans, et sa thèse ne verra jamais le jour.
Complètement fasciné par Paris, Ramuz
simprègne de tout ce que lui offre
ce nouvel environnement.
Il modifie sa façon décrire
et prend progressivement confiance en lui. Malgré
tout, il ne parvient pas à trouver déditeur
pour publier ses poésies. Après quelques
aller et retour entre Lausanne et Paris et plusieurs
remises en question, Ramuz, encouragé par
son ami Alexandre Cingria, se dirige vers léditeur
Eggimann. Celui-ci accepte de lui donner une chance:
Le Petit Village, premier livre de Charles
Ferdinand Ramuz, sort en novembre 1903.
Luvre du jeune écrivain est saluée
comme laube dune époque nouvelle
des lettres romandes. Très inspiré
par la musique et la peinture (Cézanne notamment),
Ramuz se démarque très vite par un
style qui lui est propre, à la fois réaliste
et nostalgique. Encouragé par lécrivain
Edouard Rod, il obtient au cours des années
suivantes un certain succès avec des ouvrages
tels quAline ou La Grande Guerre
du Sondrebond.
Chaque séjour à Paris permet à
Ramuz de retrouver ses nombreux amis qui évoluent
en majorité dans le milieu artistique. Entre
Cingria, le poète Adrien Bovy, Alfred Jarry,
le peintre René Auberjonois, André
Gide ou Jean Cocteau, Ramuz accorde beaucoup dimportance
à ces amitiés enrichissantes.
En 1907, il manque de peu le Prix Goncourt pour
Les Circonstances de la vie. Malgré
la reconnaissance de la presse française
et du monde littéraire, la notoriété
de Ramuz peine à atteindre le grand public
: on lui reproche régulièrement ses
tournures trop lourdes et ses entorses à
la syntaxe.
Ramuz sera profondément bouleversé,
en 1910, par la mort de son ami Edouard Rod, suivie
de près par celle de son père Émile.
Sa souffrance est telle quil peine à
trouver la motivation pour continuer à écrire.
Il épouse en 1913 lartiste-peintre
neuchâteloise Cécile Cellier, rencontrée
huit ans plus tôt à Paris. La même
année naît leur fille Marianne et toute
la famille sinstalle à Cully, avant
demménager à Lausanne. En 1915,
Ramuz rencontre Igor Strawinsky, qui contribue à
la libération de lexpression créatrice
de lauteur.
De leur amitié naîtra, notamment, Histoire
du Soldat (1918), sur une musique du compositeur,
et les décors du peintre Auberjonois. Pendant
la guerre, Ramuz continue à manifester son
attachement à lart en animant, au Conservatoire
de Lausanne, une série de conférences
sur Les grands moments du XIXe siècle
français, où le rôle et
la mission de lartiste sont analysés
en profondeur.
La carrière de lauteur prend un nouvel
essor après sa rencontre avec Henry-Louis
Mermod, en 1923. Cet ami fidèle laide
à publier et lencourage à libérer
son expression. Leur collaboration dans lédition
débute en 1926. Cest aussi grâce
à Mermod que seront publiées (par
la suite) les uvres complètes de Ramuz.
La période de lentre-deux guerres est
particulièrement féconde et donne
le jour à des uvres importantes comme
La Grande Peur dans la montagne (1926) ou
Derborence (1934). Pourtant, le style ramuzien
est loin de faire lunanimité. Décrié
par certains et magnifié par dautres,
le langage de Ramuz malmène la syntaxe et
brutalise le rythme des phrases, ce qui choque de
nombreux lecteurs et lui vaut de mauvaises critiques
dans la presse. En 1926, Henri Poulaille récolte
dailleurs un certain nombre de témoignages
qui seront publiés sous le titre de Pour
ou contre C. F. Ramuz dans Les Cahiers de
la Quinzaine. Ramuz exprimera souvent son regret
dêtre mal interprété:
soucieux de reproduire le langage quon utilise
autour de lui, avec ses distorsions et ses maladresses,
il fuit le plus possible la langue littéraire
académique qui, selon lui, est trop parfaite
pour avoir une âme. Mais ce style particulier
sera fréquemment perçu comme du mauvais
français.
Alors quil peine à sen sortir
financièrement, Ramuz se voit attribuer le
Prix Romand en 1930, ce qui lui permet dacheter
une vieille maison vigneronne à Pully, La
Muette, où il séjournera jusquà
la fin de sa vie. Ses journées y sont organisées
de façon très régulière
entre des matinées consacrées uniquement
à lécriture, et des après-midi
rythmés par les nombreux visiteurs (amis
ou jeunes admirateurs) quil accueille toujours
dans son bureau.
En 1940 naît son petit-fils, Guido (dit «Monsieur
Paul»), auquel Ramuz voue une affection immense.
Il lui consacre dailleurs de nombreuses pages
de son Journal et ne se remet que très
difficilement du départ de Guido et de ses
parents pour lItalie. Sa santé décline
sérieusement à partir de 1943, ce
qui loblige à passer plus de temps
en clinique quà La Muette. Ces mois
dhôpital le ruinent financièrement
et il se voit confronté à la mort
de plusieurs amis. Il entame la rédaction
des Hommes posés les uns à côté
des autres, quil ne finira jamais : en mai
1947, il est transporté durgence en
clinique pour une opération de la prostate.
Il y meurt quelques jours plus tard.